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Enfants du matin calme

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MessageSujet: Enfants du matin calme posté 06.06.11 19:48

L'idée s'inspire d'un rêve que j'ai fait il y a quelques temps, mais aussi de deux romans de Shan Sa "Porte de la Paix Céleste" et "La joueuse de Go", ainsi qu'un peu du "Pavillon des Pivoines" de Lisa See (mais alors, vraiment un peu).
Elle se situerait dans le futur, dans une Corée réunifiée mais à feu et à sang, comme l'indiquera le résumé, qui vit comme au milieu du siècle dernier (donc ni téléphone portable ni ipod! LOL). C'est un projet assez ambitieux qui me fait un peu peur, c'est aussi pour ça que je dois attendre d'être plus libre niveau fic si je dois l'entreprendre! Voilà...

RESUME

2105... La Corée du Sud et la Corée du Nord ont été réunifiées, par la force et dans le chaos. Le Nord a désormais imposé sa dictature au Sud, le pays est appauvri, affaibli... Mais la révolte étudiante secoue les rues de la capitale.
Sous les matraques et les coups de feu, l'armée des rues frappe au hasard, en espérant faire taire la rébellion. Au milieu de cette confusion, Min-Yeon a perdu la trace de son amie. Jusqu'à ce qu'une main généreuse, la main d'un inconnu la mène hors du désordre, dans une maison cachée de tous. Jusqu'à l'accalmie, elle va passer quelques heures en sa compagnie, à lui, ainsi que son meilleur ami, avant de repartir vers sa vie...
Adoptée à l'âge de quatre ans, elle a perdu tout souvenir de son passé. Fille adoptive d'un haut fonctionnaire de l'état, Min-Yeon est promise au fils d'un autre dignitaire, qu'elle n'a jamais vu. Elle rêve d'échapper à son destin, tout en profitant de sa place privilégiée. Alors que le pays qui se bat, se trahis, se détruit, se révolte, elle hésite, pareille à une adolescente, qu'elle est sans doute encore un peu... Lequel des deux aime-t-elle? Pour lequel de ces deux instigateurs de l'insurrection brisera-t-elle son destin? Finira-t-elle seulement par le briser ou par se conforter à ce que l'on attend d'elle?
Même quand les batailles éclatent, le cœur vit encore... Et cherche une issue... La jeunesse ne se bat pas que pour la liberté du peuple, mais aussi pour la liberté de l'individu...


Dernière édition par Go Ah-Ra - Ara le 22.06.11 2:24, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Enfants du matin calme posté 07.06.11 14:41

Sorry pour le double post... Qu'une personne laisse au moins un commentaire, ça m'empêchera de faire cette ignominie qu'est le double post! u_u

PROLOGUE


A la lumière d'une lampe à huile, j'écris, peut-être pour la dernière fois... Je ne sais même pas encore ce que je vais faire. Dehors, le ciel est dégagé et la nuit couleur bleu de Prusse a l'air calme et douce. Mais moi, je le sais, c'est une illusion des plus trompeuses. Qui peut dire quelle horreur l'armée des rues ou les protecteurs de la paix vont encore commettre, pendant le profond sommeil de certains? J'ai peur rien que de penser à ce qui pourrait être en train de lui arrivé, à cet instant même...
Et nous ne pouvons même pas le sauver. Ça serait trop risqué. De toutes façons, c'est un choix entre une mort ou un autre. Je suis très triste... Et même avec le pouvoir dont je semble disposer, en fait, je ne peux rien pour lui. Je risquerais même de le pousser vers une mort encore plus atroce.
Tous les trois, nous étions beaux comme des figures d'un de ces tableaux occidentaux interdits... Nous avions la jeunesse et la fougue. Notre futilité se découpait avec douceur au milieu de nos idéaux et de nos combats pour la vie. Il y avait autour de nous l'aura, le charme désuet de ces triangles amoureux de littérature fleur bleue, l'ivresse et la magnificence de ces récits sulfureux et illégitimes des livres pour adultes, que certains vendent aux étudiants, sous le manteau. La jalousie de l'un nourrissait mon attirance fulgurante pour l'autre. L'impétuosité de l'un me rendait complètement tributaire de la douceur et des regards sous-entendus de l'autre... Maintenant, qu'allons-nous devenir? Plus rien, peu importe l'issue de tout ça. Mais ce rien... Ne vaudrait-il mieux pas que l'on y renonce, qu'on l'enferme à jamais dans notre cœur, pour n'en garder que ce souvenir doux-amer?
Je ne suis plus sûre de rien...
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MessageSujet: Re: Enfants du matin calme posté 15.06.11 13:03

Pas de com... Alors, tant pis, double post! u_u Vu le nombre de "vu", je vais partir du principe que ça a été lu! XD

1. Park Min-Yeon

Les enfants comme moi sont rares... Il y a une vingtaine d'années, seul une poignée de personnes de la haute société pouvait se payer le luxe d'adopter des enfants occidentaux, rarement de façon très légale. C'était en vogue... Nous sommes modelés sur le moule coréen classique, de parfaits soldats, de jolies poupées, obéissants... On nous insuffle tout ce qu'il y a de plus traditionnel dans l'éducation, dans le but de prouver que la culture coréenne est si supérieure aux autres, occidentales et décadentes, qu'elle parvient même à nous améliorer dans tous les domaines. Plus que les autres encore, nous n'avons pas droit à l'erreur.
Il y a quinze ans, le père de Notre Vénéré Président a décidé d'arrêter ces adoptions d'enfants étrangers. Il disait que nous étions une menace pour la pureté de l'ethnie coréenne, si nous nous répandions trop. Il a exigé que tous ceux de plus de cinq ans devaient, d'une manière ou d'une autre, regagner leur pays d'origine. Résultat: le massacre d'une bonne centaine d'enfants adoptés au moment où cette loi a été votée. J'y ai échappé de justesse. J'avais quatre ans.


Père a insisté pour que j'étudie à l'Université Nationale de Patriotes de Corée. Je voulais apprendre l'anthropologie, découvrir les secrets cachés des religions et l'histoire ancienne du pays et les sciences politiques, mais Père a refusé. Les filles doivent rester à leur place. J'étudie donc la littérature féminine, le poésie, l'art et la musique. Mais je m'ennuie en cours...
Il y a six mois, mon grand-frère Junsu s'est marié, avec une fille de Pyongyang trouvée par mon père. Je sais qu'il ne l'aime pas et qu'elle ne l'aime pas non plus. Ça me rend triste pour lui. Les mariages d'amour sont redevenus rares à notre époque. Ils font rêver les filles de ma classe, qui toutes, comme moi, se marieront un jour avec un garçon qu'elles ne connaissent pas. Père ne m'en a pas encore parlé, mais je sais que ça viendra. Je ne suis pas destinée au mariage d'amour. Ce sont des balivernes faites pour les gens du peuple, m'explique Mère. L'amour entre les gens n'existe pas. Il n'y a que l'amour pour la patrie qui soit valable.
Père et Mère ne nous aime pas.
Pourtant, moi, je les aime. J'aime aussi mon oppa. Je ne le dis à personne. Je reste la fille obéissante que l'on veut que je sois, même si je rêve de pouvoir m'envoler un jour. Même s'il ne me l'a jamais dit de vive-voix, je sais que mon oppa m'aime aussi.
Quand j'étais petite fille, le soir, j'avais du mal à m'endormir. Mes nourrices ne savaient plus quoi faire... Je faisais des cauchemars très violents. Mais je ne m'en souviens plus... Ce que je me souviens, c'est que comme ni Père ni Mère ne venait me rendre visite pour m'aider à m'assoupir plus facilement, car ils étaient très occupés, c'est Junsu que les nourrices appelaient. Il me racontait des histoires et me chantait des chansons et j'arrivais à trouver le sommeil comme ça.
Mais même avant qu'il se marie, souvent, je restais avec lui. Il me racontait ce qu'il apprenait en classe et c'est parce qu'il étudiait la politique et l'anthropologie que je m'y suis intéressé aussi. Je lisais en cachette, sous ma couette, le soir, ses livres d'école, et d'autres, que je volais dans la bibliothèque de Père. Une fois, je me suis endormie et j'ai renversé ma lampe à huile sur le lit. J'ai faillit mettre le feu à ma chambre! Père a découvert mon secret et j'ai été sévèrement punie. Depuis, je n'ai plus le droit d'accéder à la bibliothèque de Père. Je ne peux me rendre qu'à celle de Mère... mais il n'y a que des romans d'amour, et ça me plaît beaucoup moins.
J'aimerais bien que Junsu vienne plus souvent à la maison. Il doit fonder sa propre famille et n'habite donc plus avec nous depuis quelques temps. Père lui a trouvé un travail d'assistant parlementaire auprès d'un collègue à lui, qui s'occupe de gérer l'armée des rues de Hwijongbu, une ville à plusieurs kilomètres de Séoul. J'ai peur que ça ne change le caractère de mon oppa. Je ne le dis à personne, car je suis une fille et je n'ai pas le droit d'émettre un avis sur de telles choses et aussi car je risquerais vraiment de mettre Père très en colère, mais je n'aime pas beaucoup l'armée des rues et les protecteurs de la paix. Ils regardent tout le monde de haut dans le tramway ou dans la ville et ils me font peur. Ils sont censés veiller à ce que tout se passe bien et que tout soit calme et serein, mais quand je vois leurs yeux plein d'animosité, j'ai l'impression qu'ils sont toujours prêts à fusiller n'importe qui sans aucune compassion. Ils me font froid dans le dos. Père est le chef des protecteurs des rue du quartier de Dongdaemoon...


Dans ma classe, il y a peu de personnes avec qui je m'entends. Entre les cours, elles ne parlent que de romans d'amour, de robes, de bijoux, de soirées mondaines. Toutes les filles appartiennent à la haute société, mais leurs pères sont moins bien placés dans le Régime que le mien. Alors, elles me considèrent un peu comme une fille prétentieuse, aussi, parce que je suis la meilleure élève de ma classe. Je dois être la meilleure de la classe. C'est ce que l'on attend de moi.
Malgré tout, elles considèrent mon intérêt pour les sciences politiques et pour la littérature masculine, plus brute, comme une excentricité. Je les entends murmurer dans les couloirs que ce n'est pas normal que je sois si forte en calligraphie, en musique traditionnelle et en peinture au vu de mes goûts particuliers. Mais je n'aime pas que les choses brutes. J'aime aussi la douceur et la délicatesse des choses qu'on nous enseigne ici. Seulement... ça ne diffère en rien de ce que j'ai toujours fait de mon temps libre jusqu'ici! Depuis que je suis toute petite, j'apprends la poésie, la calligraphie, le Seul Keum et le Kaya Keum. Il n'y a pas beaucoup de loisirs possible, quand on est une fille.
La seule personne avec qui je m'entends dans ma classe, la seule que je considère comme une amie était déjà avec moi au lycée, et elle s'appelle Lee Soo-Young. Nous sommes nées le même jour de la même année. Soo-Young n'est pas comme moi, c'est une vraie coréenne. Elle a de longs cheveux noirs ondulés qu'elle s'attache en macaron ou qu'elle laisse à l'air libre. Quand ils sont détachés, ils flottent au vent comme un drapeau en velours de soie, avec délicatesse et sensualité. Elle a des yeux bridés marrons et rêveurs et un rire capable de réchauffer n'importe quel cœur, qui emplit la pièce. Un rire franc et généreux, qui contraste avec sa voix douce et basse quand elle parle. Comme toutes les autres filles, Soo-Young rêve de mariage d'amour et de littérature à l'eau de rose, mais elle a un regard sur le monde, un recul sur ces choses qui n'est pas le même que les autres. Tout comme moi, elle sait bien qu'on aura beau vouloir quelque chose très fort, étant nées filles, étant nées coréennes (pas pour moi, mais je ne dois jamais mentionner mes origines occidentales), on ne l'obtiendra jamais et notre destin est tout tracé.
Si seulement, je pouvais trouver un moyen de détourner ce destin...


L'année dernière, au lycée, j'étais dans une classe mixte. A l'université, les filles et les garçons sont séparés, car on ne choisit pas les même études, mais avant, tout le long de la scolarité, nous sommes mélangés. Plus tard, nous nous marierons et aurons des enfants, il ne faut donc pas que le sexe opposé nous effraie, comme c'était le cas avant, il y a très longtemps et que les filles trop rêveuses se laissaient mourir du mal d'amour.
En cours d'année, le professeur principal m'a appelé et m'a demandé de m'occuper d'accueillir un nouvel élève. Il m'a dit que l'élève n'était pas très bon en mathématiques et en chimie et m'a demandé de l'aider. J'étais déjà la meilleure élève de ma classe. Mais les mathématiques et la chimie, je n'aime pas ça. Je dois travailler dur et beaucoup me concentrer pour bien les comprendre. Malgré tout, les professeurs ne voient que les notes et non pas les efforts accumulés pour les obtenir et donc, j'ai été chargée de l'aider.
Le premier jour, quand il est arrivé et qu'on l'a présenté à toute la classe, je n'osais pas le regarder en face, ni vraiment lui parler. J'étais intimidée parce qu'il était très beau. Et puis, les autres filles et même les garçons, tout le monde était attiré par lui, il était devenu comme le centre de gravitation de tous et toutes. Et Soo-Young et moi, trop timides, on ne l'approchait pas trop. J'étais censée l'aider, mais il n'avait pas l'air de s'intéresser à l'école et il n'avait eu aucun problème à s'intégrer. Alors, j'ai laissé tombé... Puis je me suis fais réprimander parce qu'il avait des notes toujours mauvaises en mathématiques et en chimie, et j'ai été forcée à quand même lui apporter mon soutiens.
Ah, mais j'ai oublié de te dire... Il s'appelle Kim Jae-Joong et il vient d'une famille de Inch'eon qui s'est installé à Séoul pour venir assister le Maire. Ses cheveux sont aussi noirs qu'une nuit sans étoile, ses yeux délicatement bridés peuvent parfois exprimer quelque chose de très doux, et parfois beaucoup de froideur et il sourit peu, mais je préfère ça que ces idiots qui passent leur temps à rire pour un oui ou pour un non.
Et à force, j'ai appris à mieux le connaître. Il a une personnalité un peu spéciale et c'est ça qui m'a beaucoup plut. Il n'est pas intelligent comme les autres garçons, il est plus fragile et plus secret aussi, mais son côté solitaire et fou-fou me charme énormément. C'est devenu mon meilleur ami. Tous les jours, il me raccompagnait à la maison en se promenant, au lieu de prendre le tramway ou un pousse-pousse. Nous discutions de pleins de choses. Parfois, il m'offrait une glace ou nous prenions un thé près de la Place du Marché.
Vers la fin de l'année, j'étais triste parce que je pensais que Jae-Joong n'allait pas pouvoir aller à l'Université Nationale des Patriotes de Corée avec moi, à cause de ses notes. Il disait que ce n'était pas grave, mais moi, je n'étais pas d'accord. Je ne voulais pas qu'on soit séparés, et je me suis mise à pleurer. En pleurant, j'ai réalisé que je le considérais bien plus que comme un ami, mais encore une fois, je n'ai rien dit. Les filles ne doivent pas exprimer des sentiments face aux garçons, c'est très mal élevé. En attendant, Jae-Joong a promis de travailler plus dur pour arriver à venir à l'Université avec moi... et il y ai parvenu!! J'avais du mal à le croire...
Pour fêter les diplômes, Père avait accepté que je fasse une petite fête dans les jardins de notre résidence. Il y avait Soo-Young, bien sûr, et quelques personnes de notre classe, et puis il y avait Jae-Joong. Père et Mère étaient heureux que je sois amie avec des gens de familles impliquées dans le bon déroulement du Régime et qui jouent un rôle important pour la Patrie et pour l'honneur de notre Vénéré Président. Mais je suis dans une école pour enfants de Hauts Fonctionnaires de l'État, alors, je ne l'ai pas vraiment fait exprès. Mère avait insisté pour que je porte un hanbok traditionnel et pour que je joue de la musique pour tout le monde, mais j'étais très mal à l'aise de jouer devant Jae-Joong. Pourtant, je joue depuis toute petite pour Junsu, Père et Mère, et pour mes cousins et cousines quand ils sont en visite, mais ce n'est pas pareil que jouer pour le garçon dont on est amoureuse.
J'étais allé me réfugier à l'ombre d'un arbre un peu plus tard, alors que tout le monde faisait une sieste. Mes nourrices aussi s'étaient endormies, Père et Mère n'étaient pas là, et Junsu était absent, lui aussi à une fête d'obtention de diplôme. Avec un peu d'encre et du papier de riz, je me suis posée pour peindre des fleurs, pour offrir à Soo-Young en remerciement de son amitié. Jae-Joong est venu me voir. Il s'est assis derrière moi et alors que j'étais en train de peindre, il a saisit ma main sans rien dire et a guidé mon tracé sur le feuille. Je sentais son souffle derrière ma nuque et ça m'a rendu très nerveuse. Il a déposé un léger baiser sur ma joue et j'avais vraiment très peur que quelqu'un nous vois, alors j'ai préféré fuir et j'ai tout laissé en plan!
Depuis, nous sommes ensemble à l'Université, mais on se voit beaucoup moins, comme nous sommes dans deux classes séparés, mais parfois, nous nous retrouvons en cachette. A l'abri des regards dans la bibliothèque, nous partons à la recherche de poèmes censurés. Il paraît qu'il y a des recueils avec des histoires très subversives entre un homme et une femme, et ça m'intrigue beaucoup. Une fois, on a trouvé un livre, avec des illustrations, c'était très gênant. On l'a caché entre deux étagères, mais quand j'ai voulu le montrer à Soo-Young, il avait disparut.
Maintenant que Junsu a quitté la maison, et que je n'ai plus accès à la bibliothèque de Père, ce sont les seuls moments où je peux me permettre d'enfreindre un peu les règles, et de tuer mon ennui.
J'ai conscience que la vie qu'on me réserve est beaucoup plus belle et plus avantageuse que celle des filles des Universités Populaires, qui vont travailler dur aux champs toute leur vie, en même temps... Je me sens comme le joli colibri dans sa cage dorée de la responsable de la bibliothèque de l'Université. J'arbore de belles tenues aux couleurs chatoyantes, je fais la fierté de ceux qui m'ont adopté, mais ce qui se trouve face à moi ce sont des barreaux en métal précieux, que je ne pourrais jamais franchir. Je dois garder mes ailes fermés, car on a décidé pour moi que jamais, je ne pourrais les étendre pour m'envoler comme je le souhaite.
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MessageSujet: Re: Enfants du matin calme posté 22.06.11 1:27

2.Yunho & Yoo-Chun


Ce matin, il faisait déjà très chaud. Dans le pousse-pousse qui me menait à l'Université, j'ai eu l'impression que le ciel bleu avait un quelque chose de tragique. Normalement, le ciel bleu inspire la joie et la bonne humeur, mais celui-ci me semblait trop beau pour être vrai.
Dans la cours de l'Université, Soo-Young m'a dit qu'un garçon distribuait des tracts discrètement à d'autres. Elle a essayé d'en avoir un mais il semblerait que les filles ne les intéressait pas. Je me demande ce que c'était... On n'a pas le droit de distribuer de tracts autre que ceux du Rassemblement pour le Futur de la Nation, le seul groupe politique qui peut recruter, car il est directement lié avec le Régime.
Nous sommes en classe en plein cours d'idéologie Juche quand soudain, un bruit de pétard se fait entendre au loin. Nous levons toutes la tête, surprises, et nous nous regardons. Notre stricte professeur nous dit de ne pas y prêter attention. Mais d'autres bruit de pétard surviennent et on entend soudain des cris d'horreur, puis des coups de feu. Quelqu'un hurle dans la cours


-On vient de mettre le feu au bureau du doyen! Le feu!!

Aussitôt après, l'alarme incendie se déclenche. Tout le monde se lève et la panique nous gagne. Le professeur a beau nous demander d'évacuer dans le calme, la cinquantaine d'élèves du cours se bousculent pour se frayer un chemin vers la sortie. J'arrive à attraper Soo-Young dans le chaos, et tant bien que mal, nous atteignons le couloir. Ici, c'est bien pire! C'est l'anarchie qui règne en maître. Tout le monde cours dans tous les sens, cri, se pousse. Au loin, résonnent d'autres cris, d'autres coups de feu. Quelqu'un chante une chanson interdite. J'ai des frissons qui me parcourt. Une révolte étudiante!
Le Journal Officiel de Corée en a déjà parlé. Il y a eu une révolte étudiante il y a neuf mois, encore plus au sud, à Busan. L'armée des rue, bien plus cruelle que les protecteurs de la paix est venu en renfort, car certains membres, en fait enrôlés secrètement dans l'insurrection, s'étaient retournés contre eux. Les instigateurs ont été retrouvés, torturés puis fusillés sur la place publique. Beaucoup d'étudiants innocents sont morts... Le Journal Officiel de Corée les a érigé en tant que martyrs, morts pour la liberté de notre pays. J'ai détestais cette phrase. Ils n'avaient rien fait et ils sont morts. Pour quelle liberté? Je n'arrive pas à comprendre... J'avais trouvé ce récit particulièrement douloureux et infâme. Mais jamais je n'aurais pensé qu'une révolte étudiante puisse prendre naissance à l'Université Nationale des Patriotes de Corée.


Soo-Young et moi sommes brusquées parmi la foule en panique. Nous ne savons pas par où nous enfuir, et bientôt, on n'arrive plus à distinguer qui s'enfuit, effrayé par la folie général, et qui est prêt à attaquer, courant à toute jambe pour aller prendre les armes. La marée humaine nous entraine malgré nous en dehors de l'Université, vers la rue.
J'ai peur... Je pense à Junsu, à Père, Mère, à ma nourrice adorée, Seong-Ah... Je me demande où est Jae-Joong. Il est vulnérable et impressionnable, il doit être aussi épouvanté que moi. Je n'ai de cesse de le chercher du regard, mais je ne l'ai jamais trouvé. Soudain, la main de Soo-Young glisse de la mienne. Je regarde derrière moi. La foule démente nous sépare. Sur les pavés, commencent à émerger des cadavres. Je devine ce qui se passe... L'armée des rue est arrivée. Exactement comme à Busan, les protecteurs de la paix avaient sûrement quelques « traitres » en leur sein qui se sont retournés contre eux, les empêchant d'agir.
Je hurle le prénom de Soo-Young... Elle hurle le mien en retour. Dans la foule qui l'emporte, ses cheveux noirs deviennent peu à peu un point parmi tant d'autre. Bientôt, au milieu de ces cheveux de jais et de ces uniformes, je vais la perdre de vu.
J'entends de nouveaux coups de feu. Ils sont tellement forts, tellement proches que mes oreilles se bouchent sous la détonation. J'ai définitivement perdu Soo-Young du regard. Séparée de mon amie, je ne sais plus quoi faire et où aller. Je me retrouve face à des gens prit de peur qui crient, courent dans tous les sens. Quelqu'un agrippe mon bras. Je me retourne et voit un étudiant en sang, qui s'agrippe à moi pour tenter de tenir le coup. Des larmes coulent sur mon visage... C'est la première fois de ma vie que je vois des gens mourir. Celui-là est si près... Il fini par glisser et par tomber sur les pavés, les yeux révulsés. Je suis maintenant paralysée par la peur, incapable de bouger. Et où est Jae-Joong? Comment va-t-il? Et Soo-Young? J'ai vraiment peur comme jamais.
Je me laisse entrainer à nouveau par la cohue. Une fille hystérique, qui a complètement perdu la tête, hurle en arrachant ses cheveux par touffes. Elle a du sang plein sa chemise, sa jupe et sa veste d'uniforme, mais ce n'est pas son sang. Je devine que des amis à elle sont morts et ma peau se glace encore plus. Que quelqu'un me sorte de cette enfer!
A bout de force, je m'écroule par terre. On me marche sur la main, on me bouscule les épaules et me donne des coups de genoux à la tête, mais je ne peux plus bouger. Je vais mourir ici...
D'un coup, un étudiant portant l'uniforme de mon Université saisit mon bras et me relève. Il n'a pas l'air du tout paniqué. Passant mon bras autour de ses épaules, il siffle une autre personne à travers la foule. Complètement avachie et abattue, je n'ose pas relever la tête pour voir son visage. L'autre personne, un étudiant avec également l'uniforme de mon Université arrive et prend mon autre bras autour de son cou. Lui non plus ne semble pas paniqué. Nous fendons la foule en diagonale et je me laisse emporter par ces deux inconnus, sans même me débattre.


Peu à peu, je regagne mes esprits. Les cris de panique me semblent lointains, maintenant. Les deux inconnus et moi nous faufilons à travers la ville, à feu et à sang, mais ils évitent les axes les plus fréquentés et nous contournons les effusions de trouble. Je suis sûre que la rébellion s'est répandue et a gagné toute la ville petit à petit.

-Ça va, me demande l'un d'entre eux, celui qui m'a sauvé dans la foule.

Je tourne enfin mon visage vers lui pour acquiescer. Il me sourit furtivement, et une fossette se creuse sur un coin de sa joue. Son visage est très fin et ses yeux bridés ressemblent à deux feuilles de saule délicatement dessinées. Au-dessus de ses jolis lèvres, un grain de beauté et sous son œil droit, une cicatrice en forme de larme qui pique ma curiosité plus que de raison. Je ne m'attendais pas à un visage pareil... Il est vraiment très beau.
Alors intriguée, je décide de voir à quoi ressemble mon autre sauveur. Le regard droit devant lui, il ne prête aucune attention à moi. Ce qui me frappe en premier lieu, ce sont ses lèvres boudeuses. On dirait un fruit dans lequel on aurait envie de croquer. Ses cheveux noirs bouclent sur son front et quelque chose au fond de ses yeux me donne un étrange vertige. D'une façon différente, lui aussi est beau.
Ils m'emmènent devant la grille d'un grande maison de style traditionnel, au jardin immense. Le deuxième garçon ouvre, et nous nous engouffrons dans l'allée mal entretenue. Pourtant, la propriété n'a pas l'air d'être celle de quelqu'un de pauvre. Seuls les dignitaires peuvent avoir ce genre de résidence, retiré à l'ancienne aristocratie et à l'ancienne bourgeoisie, la Classe Décadente, comme on l'appelle maintenant. Je suis très surprise.
En voyant l'étonnement se peindre sur mon regard, le premier étudiant sourit à nouveau. L'autre reste toujours de marbre. En me lâchant maintenant que je suis à nouveau capable de marcher, alors que nous arrivons devant la porte, il s'adresse à moi.


-C'est la résidence de la tante de Yoo-Chun. Tu ne risques rien ici, et avec nous non plus, ne t'en fais pas. Je m'appelle Yunho. Et toi?
-Park Min-Yeon...


La porte de la maison s'ouvre. Pendant que Yoo-Chun s'empresse d'aller fermer les persiennes, Yunho m'explique que la tante de Yoo-Chun a déménagé pour Pyongyang. Elle travaille pour le Journal Officiel de Corée, mais c'est une couverture, car en vérité, c'est une activiste qui attend le bon moment pour se retourner contre le Régime.
Le temps de réaliser doucement que je pactise avec « l'ennemi », je regarde en détail la maison qui se plonge dans le noir peu à peu. La salle principale est immense et se confond avec l'entrée. Bizarrement, c'est une maison traditionnelle mais il n'y a nulle part où ôter ses chaussures et les deux garçons les gardent pour marcher à l'intérieur. Sur la grande bibliothèque, adossée à un mur, il y a des livres alignés avec une méticulosité presque névrotique, mais par terre, d'autres manuscrits demeurent, ouverts en un tas désordonné. Les vieux canapés sont recouverts de draps blancs poussiéreux, mais il semblerait que des gens s'y soient assis récemment. Sur la table basse trône un cendrier rempli de mégots et des verres sont entassés, certains encore à moitié remplis de soju. J'ai comme l'impression que plusieurs personnes se sont réunies dans la soirée.


-Ils n'ont pas mis longtemps à faire venir l'armée des rues, dit soudain Yoo-Chun, brisant le silence, en se posant nerveusement face à une des fenêtres.

C'est la première fois qu'il ouvre la bouche depuis que je l'ai rencontré. Sa voix est grave et chaude, elle contraste avec cette façon d'être toujours très distante qu'il arbore en permanence. La lumière crue d'une lampe à huile éclaire soudain une partie de la pièce et j'aperçois un peu mieux sa silhouette se découper face à moi. L'ombre de ses épaules large s'étire sur le plancher de laque rouge. Il a une posture qui en impose, et dégage beaucoup de sensualité.
La lumière bouge à nouveau. Yunho ouvre une porte sur le côté, traverse la grande pièce, et part en ouvrir une autre.


-C'était juste un échauffement, dit-il en posant enfin sa lampe à huile sur le table. La prochaine fois, nous frapperons plus fort!

Cette fois, je devine instantanément. Yunho et Yoo-Chun sont ceux qui ont distribué les tracts ce matin dans l'enceinte de l'Université, et sûrement aussi, que l'un des deux a déclenché le feu dans le bureau du doyen. Plus que pactiser avec « l'ennemi », je me transforme en complice des instigateurs! Mais étrangement, je me sens en sécurité avec eux. Ils n'ont pas l'image des garçons effrayants et atrabilaires dépeints par le Journal Officiel de Corée ou comme Père me les décrivait. Ils me font plutôt l'impression d'être brillants, bienveillants et serviables, même si Yoo-Chun est un peu plus froid dans son attitude.
Assis sur un tabouret, Yoo-Chun tend l'oreille aux bruits de l'extérieur. On entends encore des coups de feu de temps en temps, mais les cris de panique font de plus en plus place à des cris de joie, et une musique lointaine résonne. Je me demande à quoi vont ressembler les rues de Séoul une fois que le danger sera écarté.
Serein, Yunho m'indique que la porte ouverte à côté de la bibliothèque est celle d'une chambre et que je peux m'y reposer si je me sens fatiguée. Mais je suis trop inquiète pour dormir... Je me demande où est Soo-Young et ce qui a pu lui arriver dans la foule. Je me demande aussi où pourrait être Jae-Joong, et je pense à la réaction de Junsu, s'il apprend la nouvelle. Incapable de me poser, je bouge dans tous les sens. Yunho a disparut dans l'autre pièce, dont la belle luminosité de cette chaude journée ensoleillée découpe un carré blanc sur le noir de la pièce, très faiblement éclairée par la lampe à huile. Incapable de tenir en place, je me glisse dans la pièce et découvre qu'il s'agit de la cuisine. Elle est très propre et semble fonctionner à l'électricité... un luxe que peu de personnes peuvent se permettre. La tante de Yoo-Chun doit être très influente dans le milieu de la presse.


-Tu as faim, me demande-il en tournant son visage vers moi. Je vais faire du bibimbpap....

Je n'ai pas faim, mais sans savoir pourquoi, je fais oui de la tête. Tout à fait à l'aise, Yunho n'a l'air nullement effrayé par ce qui pourrait se passer dehors. Son flegme et sa décontraction qui contraste avec la froideur et la nervosité mal dissimulée de son meilleur ami m'attire comme une abeille vers une fleur en plein printemps.

A peu près à l'heure du déjeuner, Yunho a posé sur la table basse une énorme marmite de riz, à l'odeur délicieuse. Des œufs frais, du bœuf découpé en cubes, des graines de sésame et du kimchi étaient mélangés aux grains blancs et le tout a fondu dans ma bouche tel un glaçon en plein soleil. Je ne sais pas d'où cet appétit insatiable m'a prit mais j'ai dévoré ce repas comme si c'était le premier que l'on m'offrait depuis un siècle. Peu à peu, à force d'être aux côtés de Yoo-Chun et Yunho, mon anxiété a déclinée.
Pendant que Yoo-Chun sort prendre des nouvelles, Yunho a ouvert la grande porte arrière, donnant sur un jardin. Aussi mal entretenu que celui de devant, il possède cependant un puits avec un petit ruisseau à l'eau claire et fraîche, et un énorme pêché siège majestueusement au milieu, projetant sur l'herbe jaune une ombre des plus agréable, ciselée finement. Avec passion, Yunho m'explique que si leurs actions peuvent paraître violentes, leur but n'est pas d'effrayer la population mais de lui donner l'occasion de s'exprimer. Selon lui, Notre Vénéré Président se fiche du peuple, seul l'intéresse la gloire et le pouvoir. Il dit qu'il veut rendre au peuple coréen la véritable liberté et qu'il serait prêt à donner sa vie pour cette cause-là.
Sa ferveur révolutionnaire me fascine totalement. Je ne perds pas une miette de son discours. Contrairement à moi, c'est quelqu'un qui n'a pas peur d'aller à l'encontre du destin qu'on lui avait préparé. Il me raconte qu'il est né pauvre et sans famille. La tante de Yoo-Chun, qui a élevé ce dernier lorsque ses parents sont morts en voulant renverser le Régime, l'a accueillit sous son toit et lui a permis de suivre de hautes études. Elle a fait comprendre aux deux garçons que le Régime était une entrave à liberté fondamentale de l'individu et les a entrainés très tôt pour la révolution.
Yoo-Chun revient enfin. Il a retiré sa veste d'uniforme et relevé ses manches sur ses avant-bras. La blancheur de sa peau et son apparente douceur font accélérer mon cœur sans que je puisse y faire quoi que ce soit.
Comme je le suspectais, la fièvre civique a soudain prit toute la ville. Même certains soldats de l'Armée Patriotique se sont retournés contre leur supérieurs. L'armée des rues n'arrive plus à faire face aux milliers d'étudiants rebelles et peu à peu, tous les quartiers se sont jetés dans la bagarre. J'ai un peu peur pour Père. Je sais qu'il est prêt à tout pour le Régime, comme Yunho est prêt à tout pour la liberté, et je serais peu étonnée de le voir périr. Ça me ferait beaucoup de peine... Mais de toutes façons, moi, je ne peux rien y faire.


-Dès qu'il n'y aura plus aucun danger, me rassure Yunho, je te raccompagnerais. Pour le moment, vaut mieux attendre ici.

En attendant, il monte sur le toit de la maison, grâce à une échelle adossée contre le mur en permanence. Curieuse, je décide de le suivre. Yoo-Chun, qui revient juste de l'extérieur, reste en bas et se pose sous le pêché, pour continuer d'écouter les bruits de la ville.
Sous mes yeux, un Séoul apocalyptique s'étale. De la fumée noire s'échappe par endroit. Au loin, des points sombres s'agitent. Il y a de la musique festive, mais aussi encore des cris de panique. Je n'arrive pas à voir d'où cela provient. Vers la mairie, l'agitation semble continuer à faire trembler les pavés. Pourvu que Jae-Joong ne soit pas allé se réfugier chez lui! Et Soo-Young, je ne sais toujours pas où elle est... Percevant ma soudaine appréhension, Yunho propose que j'aille me reposer aux côtés de Yoo-Chun, sous le pêché. Un peu fébrile, je fini par accepter.
Appuyé contre le tronc d'arbre, Yoo-Chun fait semblant de ne pas me voir. Quand une brise légère passe, ses cheveux bouclés se soulèvent légèrement. Je frissonne. Il tourne soudain son regard vers moi. Ses yeux noirs me percent l'âme comme jamais. Mais ça ne dure qu'une demi-seconde. J'observe son profil songeur, sur lequel le soleil passant entre les feuilles du pêché découpe des formes flavescentes incertaines.
Yunho revient du toit et époussette ses mains pleines de terre entre elles. Il est fin et gracieux, mais ses épaules sont larges. Lui aussi a retiré sa veste d'uniforme et n'a gardé que la chemise, manches relevées sur les bras, et les premiers boutons ouverts. Je devine la naissance de son torse à la peau dorée et détourne le regard aussitôt. Que m'arrive-t-il? Pourquoi est-ce que je me mets à observer chaque détails de l'un comme de l'autre de la sorte? Ça ne me ressemble pas.
Yunho se pose à mes côtés et s'allonge dans l'herbe. Il croise les bras derrière sa nuque et ferme les yeux. Il va faire une sieste, alors qu'au loin, résonnent encore quelques coups de feu et bruits d'agitation. Pendant plusieurs minutes, je reste prostrée, silencieuse, à écouter ces bruits, puis Yoo-Chun s'allonge lui aussi sur le dos, la tête sur le côté. Après quelques moments d'hésitation, je finis par m'endormir moi de même. Ma tête repose dans l'herbe fraîche, frôlant presque l'épaule de Yoo-Chun, tandis que mon bras gauche est ouvert quasiment au-dessus du crâne de Yunho.
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MessageSujet: Re: Enfants du matin calme posté 23.06.11 10:21

Han et bah je vais t'empêcher de faire un quintuple post XD
J'adore ta façon d'écrire , et l'histoire aussi, rien à redire **
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MessageSujet: Re: Enfants du matin calme posté 23.06.11 23:38

\o/ Merci Régis!!!! Gentil à toi de penser à ne pas me faire commettre cette chose que serait un quintuple post! >< Et aussi merci de tes compliments! Je mets énormément de temps à écrire un seul chapitre!
Voilà la suite, elle est un peu courte... Mais j'espère que ça ira!^^

3.Après le chaos

Dans la journée, les émeutes ont doucement commencé à cesser, à force de morts, de rixes et de pertes dans les deux camps. Aussi éphémère qu'une éclosion de fleur de cerisier, la fièvre civique est complètement retombée. Père ainsi que les chefs des autres protecteurs de la paix et armée des rues, a ordonné que l'on traque les instigateurs pour leur donner une leçon exemplaire, et une récompense sera attribuée à quiconque les vendra. Il ignore que sa chère fille était avec eux tout le long... Je suis certaine qu'ils ne les retrouveront pas. Yunho et Yoo-Chun sont beaucoup trop malins et prudents pour ça, et surtout, ils se sont entrainés toute leur vie pour cette révolution. Je sais que ce coup-là ne sera pas leur dernier...
J'ai regagné ma maison le soir. Seong-Ah était inquiète. Mère était devenue folle. Ne me voyant pas revenir, tout le monde pensait que j'avais périt dans l'émeute. J'ai prétexté que j'ai réussi à m'enfuir et à me cacher dans une des forets avoisinant la ville. Tout le monde m'a cru, car plus jeunes, Junsu et moi étions envoyés faire des balades dans ces forets, avec d'autres camarades de classe. On nous enseignait à respecter et à prendre soin de la nature, et on nous chantait des chansons à la gloire du père de Notre Vénéré Président, qui gouvernait alors.
Je ne dirais plus jamais Notre Vénéré Président. Soo-Young est morte. Une de ses nourrices est venue nous apporter un communiqué le lendemain pour nous l'annoncer. Elle s'est retrouvée coincée au milieu des émeutiers et l'armée des rues ne regarde pas: ils tuent au hasard, dès qu'un groupe important de rebelles se forme, sans regarder s'il y a des personnes égarées parmi eux. J'ai appris que Jae-Joong allait bien. Il était à la bibliothèque quand le feu s'est déclenché et il a quitté l'Université dès les premiers coups de feu. A la mairie, où il est allé se réfugier, il y a un abri sous-terrain et c'est là qu'il s'est caché, avec ses nourrices et ses petites sœurs. Par contre, le maire a été exécuté par des émeutiers. Ses parents vont donc prendre une fonction plus importante bientôt. Je devine qu'ils vont en attendre beaucoup plus maintenant de la part de leur fils.
Pendant plus d'une semaine, j'ai été malade. Le chagrin d'avoir perdu ma meilleure amie m'a anéanti. Je ne voulais plus rien manger, ni boire. Sans cesse, je pleurais. Jae-Joong m'a envoyé une lettre pour me dire qu'à l'Université, une veillé funèbre avait été organisée pour elle et les autres étudiants morts pendant l'émeute. Sans cesse, les mots de Yunho ont résonné dans mon esprit...
Je ne lui en veux pas, ni à lui ni à Yoo-Chun car dans le fond, leurs intentions sont bonnes. Ce ne sont pas eux qui l'on tué. J'en veux à Père, au Régime, à la Patrie. J'en veux à l'armée des rue d'être aussi vil et cruelle. J'en veux à cette personne qui nous gouverne et qui fait que nos vies sont telles. Si nous étions vraiment libres, alors, tout ça n'arriverait pas. J'ai le sentiment que ce genre de choses n'ont pas cours dans les vraies démocraties.
Je ne dirais plus jamais Notre Vénéré Président.


Comme j'allais vraiment mal à cause de la mort de Soo-Young, Père m'a annoncé une bonne nouvelle: Junsu va revenir! Avec sa femme, ils vont passer deux semaines à la maison. C'est une vieille tradition... Les enfants mariés viennent passer quelques temps dans les familles respectives, pour découvrir l'ancienne vie de chacun. Ça ne remplacera pas ma douleur, qui est inscrite dans mes os à jamais, mais ça remet un peu de chaleur dans mon cœur désormais de glace.

Après deux semaines, parfaitement rétablie, je peux retourner à l'Université. Sans Soo-Young, je me sens comme un cheval qui aurait perdu son cavalier. Je continu ma course effrénée, fonçant droit devant moi mais je suis perdue et déboussolée. Les couloirs me paraissent interminables, les heures de cours sont de longues tortures qui me donnent mal à la tête.
Je ne vois Jae-Joong nulle part. Pendant la pause déjeuner, l'appétit au plus bas, je mange mon panier-repas en une vitesse record et part me réfugier au frais dans la bibliothèque. Je ne sais même pas ce que je recherche au juste. J'ai l'impression que Soo-Young va surgir d'un des couloirs de livres qui s'étalent à perte de vu et rire de ce rire franc et généreux en voyant ma surprise. Mais jamais Soo-Young ne surgit...
Du coup, aucune lecture ne me tente. Même trouver des poèmes sulfureux ne me dit plus rien. J'ai la sensation que quelque chose en moi s'est brisé et que je n'arriverais plus jamais à le réparer. Je marche le long des allées sans savoir quoi faire: sortir d'ici et continuer mon errance au soleil ou bien rester et me forcer à lire un de ces romans d'amour si idiots qu'ils vous plongent malgré eux dans leurs récits rocambolesques.
En début d'après-midi, après le cours de calligraphie, je décide de rentrer à pieds jusqu'à chez moi. Les rues de Séoul ont l'air de n'avoir jamais connu de rébellion. Les pavés arrachés ont été remplacés, les boutiques aux vitrines brisés ont été réparés. Les gens circulent à pieds, en vélo, en pousse-pousse ou en tramway comme si tout ça ne s'était jamais produit. Place du Marché, les vendeurs ambulants sont toujours là, et vendent poulets vivants, kimbap, thé de différentes sortes, riz, fruits et légumes comme ils l'ont toujours fait.
J'ai l'impression que chaque coin de rue empeste la mort. Tout le monde est hypocrite, ça me donne envie de vomir. Finalement, je décide de prendre un pousse-pousse. Je veux m'enfermer dans ma chambre et jouer du Kaya Keum jusqu'à plus soif, jusqu'à l'arrivé de Junsu...
Et soudain, face à moi, de l'autre côté de la rue, j'aperçois Yunho... Livres à la main, dans son uniforme, des lunettes sur le nez, il marche en sens inverse. Nous nous reconnaissons de loin et nous sourions lorsque je le croise, avant de se dépasser malgré nous. Cette rencontre furtive fait renaître mes sens un à un. Le sang afflue vers ma poitrine, faisant accélérer mon cœur, et afflue vers mes joues, qui se colorent de rouge. J'ai la sensation que les rues sentent maintenant la fleur de pêche.
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MessageSujet: Re: Enfants du matin calme posté 26.06.11 5:14

My god, purée j'ai pris du temps à me lancer dans la lecture, mais WOOOOW, c'est puissant, en plus ma musique triste en fond, le décor est bien planté...J'adore j'adore j'adore...j'attends la suite avec impatience
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MessageSujet: Re: Enfants du matin calme posté 27.06.11 1:13

Vicky *o* Merciiiiiiiiiiiii!!!! Je m'implique beaucoup beaucoup pour cette fic!! Ça me touche vraiment!! ><

4.Changements

Depuis quelques jours maintenant, Junsu et sa femme sont à la maison. Père l'a fièrement présenté à tout un tas de personnes influentes dans le Régime. Il sera appelé à gérer un jour un poste vraiment important. Ça ne me fait pas plaisir... Mais pour l'instant, mon oppa n'a pas changé. Fidèle à mes souvenirs, sa voix est toujours douce aux accents légèrement enfantins. Ses sourires sont généreux, et font plisser ses yeux jovialement. Il me parle toujours avec une grande gentillesse et un calme olympien. Junsu oppa n'est pas le genre de personne à s'emporter. Ce faible manque d'autorité pourrait lui nuire en politique, mais pour le moment, on dirait qu'il tient bon.
Sa femme s'appelle Bo-Ah. J'ai appris qu'elle est à peine plus âgée que moi. Mais elle est déjà mariée, et n'a jamais été à l'université. A Pyongyang, et dans le nord en général, la place de la fille est encore moins importante que dans le sud, à Séoul. Elles ne naissent que pour faire de beaux mariages et assurer la descendance. Si elles peuvent donner des fils, elles auront encore plus de respect que les faiseuses de filles. Avoir une fille est bien pour le prestige, mais toutes les familles préfèrent avoir au moins un fils, en aîné, si possible.
Douce et pondérée, Bo-Ah ne dit jamais un mot plus haut que l'autre, et d'ailleurs, il est rare qu'on l'entende parler. Elle reste derrière Junsu, mains jointes, sans rien dire la plupart du temps. Les filles du nord sont également plus dociles que celles du sud, légèrement plus exubérantes. Elle a eu de la chance qu'on la marie à mon oppa, qui est aimable et prévenant. D'autres se voient mariée de force à de véritables tyrans... Certaines sont maltraitées, et d'autres sont reléguées presque au rang de boniche quand le mari décide de prendre une concubine, plus jeune et plus belle.
Je n'ai vraiment pas envie de me marier... Je prie tous les soirs pour que Père m'en parle le plus tard possible. Le mariage ne sera qu'une autre cage dorée, peut-être bien plus cruelle, dont je ne pourrais plus jamais m'échapper.


Ça fait maintenant une semaine, que tous les soirs, quand je rentre de l'Université, je fais faire un grand détour au pousse-pousse que j'emprunte, par la Place du Marché. Tous les soirs, les yeux en alerte, j'anticipe le moment où je vais croiser Yunho. Le cœur battant, je fixe l'horizon et cherche sur les trottoirs sa silhouette élancée se faufilant parmi la foule.
J'ai décidé de ne plus attacher mes cheveux en nattes sur le côtés, comme je le faisais jusqu'ici. Ces coiffures-là sont pour les lycéennes, et je suis une étudiante désormais. Je n'ai plus envie de ressembler à un bébé. Dorénavant, comme les filles élégantes qui paradent en ville dans des robes sur mesure, je me coiffe d'un chignon sophistiqué, avec tout un tas d'ornement. Mère se félicite de ce changement et pense que je me prépare à être une femme pour le moment où Père m'annoncera qu'il m'a trouvé un marie, mais ce n'est pas du tout le cas.
Ce soir encore, je scrute l'horizon, à l'affût. Il y a un vent frais qui fouette agréablement mon visage, contrairement aux autres jours, qui étaient longs et étouffants. Mes mains tremblent, et moites, agrippent le côté du pousse-pousse quand nous roulons sur un pavé, sorti de la chaussée, ce qui nous fait hoqueter.
Subitement enfin, il apparaît dans mon champ de vision. Comme tous les soirs, il marche, ses livres à la main, sa chemise d'uniforme relevée sur les bras comme le jour de l'émeute. Quand je passe près de lui, nous échangeons un sourire comme à chaque fois, mais pas une seule parole. J'ai l'impression que le vent est devenu soudain brûlant. Le soleil m'aveugle. Le ciel bleu, loin de l'aura tragique de cette fois là, me paraît profond et infini.
Pendant le repas, Père parle d'un projet d'entrainement militaire renforcé. Sa voix me parvient de loin, comme si mes oreilles étaient plongées dans l'eau. J'avale ma soupe de poisson épicée à toute petite gorgée avec ma cuillère, avec l'envie de sourire, que je réprime. Je me repasse encore et encore ma rencontre avec Yunho, son sourire, ses avant-bras dénudés, sa façon de marcher.


Le nouveau maire donne une réception pour fêter son accès à la marie. Quand on sait qu'il n'a pu y accéder que grâce à l'émeute, je trouve ça prétentieux et mal placé. Père et Mère n'y vont pas, car Père est un peu âgé et ne supporte pas bien la chaleur estivale. Mais il y a une invitation pour la famille. Junsu et Bo-Ah insistent pour m'y emmener, mais je refuse d'y participer, obstinée. Mère rouspète comme quoi mon humeur est exécrable en ce moment et oblige les servantes à me préparer. Si je n'accepte pas d'aller à cette soirée, je serais punie et forcée de rentrer directement à la maison après les cours. J'ai beau être une étudiante, tant que je vis sous le même toit que ma famille, je leur appartient et leur doit obéissance. Je fini donc par me plier à leurs caprices... Mais surtout parce que je veux continuer à croiser Yunho tous les jours!
Les servantes tracent une raie au milieu au sommet de mon crâne, roulent mes cheveux en un chignon et y noue une longue tresse en cheveux véritables avec un ruban rouge. Puis, elles me font passer une robe à la coréenne, serrée en un bandeau au niveau de la poitrine avec de fines bretelles, légèrement plus ample jusqu'à ma taille et qui s'évase complètement jusqu'au sol. On dessine un fin trait de crayon noir autour de mes yeux, colore subtilement mes lèvres d'un rose chaire, et me farde les joues de blanc. Ma peau a tendance à dorer en été, mais ici, on aime les filles pâles, qui sont considérée comme les plus belles. Au bout de deux heures de préparation, elles me présentent un miroir... Cette créature distinguée qui se révèle à moi, je ne sais pas qui c'est. J'ai l'air d'une de ces filles que l'on représentait sur les estampes anciennes, et qui tapissent les murs de la bibliothèque de Père. L'illusion est si parfaite, que j'en oublierais presque que je ne suis pas née dans ce pays. Cependant, je me sens étrange. Je n'ai pas l'habitude de ce genre de tenues. La plupart du temps, je reste en uniforme, chemise blanche, cravate et jupe plissée. De temps à autres, j'arbore le hanbok. Quand il n'y a pas classe, je porte des robes dans le style occidental, serrée jusqu'au genoux, avec des poches sur la poitrine et à l'arrière. Ces robes-là, jugée comme une tenue correcte pour une fille de mon rang, sont les seuls vêtements d'importation occidentale, avec les uniformes, que le Régime tolère. Mais j'ai entendu dire que plus personne n'en portait en Occident...


La fête a lieu dans les jardins de la mairie. Parmi les saules, les peupliers et les cerisiers, des immenses tentes sont dressées, avec un voilage blanc et délicat. On y sert des mets divers et variés. Des serveurs en hanbok nous offre des verres d'alcool. Je n'y touche pas. Au milieu des mondaines de ma classe, je me sens comme une étrangère. J'aimerais trouver quelqu'un qui parlerait le même langage que moi... Occupés à parler avec de Hauts Fonctionnaires, oppa et Bo-Ah m'abandonnent malgré eux. Je cherche Jae-Joong du regard... Ça fait longtemps que je ne l'ai pas vu. Nous qui étions si proches il y a encore un mois et demi de ça, comment se fait-il que nous soyons si distants soudainement?
Assise à une table avec des amis à elle, tous masculins et plus âgés, Han Mi-Jin, une fille de ma classe, considérée comme une des plus jolies, me fait un signe de la main. Je n'ai jamais pensé que nous ayons quoi que ce soit en commun et j'hésite donc à venir la rejoindre. J'essaie à nouveau de voir si Jae-Joong n'est pas quelque part, après tout, ses parents sont les adjoints au nouveau maire... Mais je ne le trouve nulle part. N'ayant trouvé personne d'autre à qui parler, je vais la rejoindre à sa table.
Mi-Jin fait parti de ces filles qui ne jurent que par les poèmes de gisaeng et les romans d'amour. Ses rires exagérés, ses manières trop délicates, ses moues boudeuses, tout chez elle est exagéré et sur-joué. C'est la fille illégitime d'un Haut Lieutenant de l'Armée Patriotique, qui achète son silence et celui de sa mère grâce à l'argent et en l'envoyant dans les meilleures écoles.
Elle demande à un de ses amis masculins de m'apporter une chaise et me fais asseoir à ses côtés. Elle me les présente à eux un à un. Ils sont tous sur le point de quitter l'Université et veulent tous faire carrière dans la politique ou l'armée. Mais aucun d'entre eux ne me fait d'effet. Ni leurs yeux, ni leurs voix, ni leurs épaules ne me font ressentir quoi que ce soit. Mi-Jin parle avec moi simplement, et très gentiment. Peu à peu, mon hostilité à son égard s'envole, comme un brouillard qui se dissipe à mesure que le soleil se lève. Un de ses amis l'invite à danser soudain, et la voilà qui m'abandonne à son tour.
Je la regarde exécuter une valse avec le garçon, grand et élégant. Tous les deux s'accordent à merveille, virevoltant avec beaucoup de grâce. La valse est une de ces rares choses occidentales encore acceptées par le Régime. Comme les enfants occidentaux que l'on peut voir dans quelques familles très riches, c'est un ancien vestige de la Corée au temps où elle n'était pas une société auto-suffisante, mais au contraire, ouverte sur le monde.
De l'autre côté de la piste, une silhouette sensuelle et longiligne accroche mon regard. Yoo-Chun! Je ne m'attendais vraiment pas à le voir dans un tel lieu, lui et ses idées révolutionnaires. Mais que peut-il bien faire ici?
Je demande à un des amis de Mi-Jin de m'excuser auprès d'elle, contourne les danseurs et m'approche doucement de lui. Debout parmi la foule, un verre à la main, il a revêtu un de ces costumes que portent aussi les autres hommes ici, qui le vieillit vaguement et lui donne encore plus de présence. J'hésite à l'aborder mais finalement, je tapote doucement son épaule. Il se retourne, surpris, et affiche un demi-sourire en me voyant. Il est toujours aussi froid et distant que dans mes souvenirs.


-Que fais-tu ici, me demande-t-il sans me regarder dans les yeux.
-J'accompagne mon oppa et sa femme. Et toi?

Il m'explique qu'une invitation a été envoyée à tous ceux de l'Université qui étudient la politique, comme lui. Il n'avait pas envie de venir, mais il a pensé que voir à quoi ressemblait le nouveau maire pourrait être intéressant. Yunho et lui ont de grandes ambitions... mais conscient d'être en territoire ennemi, il ne me dit pas ce que c'est. Je le sens mal à l'aise.
Yoo-Chun me propose de goûter de l'alcool de riz. Je n'ai jamais bu d'alcool de ma vie, et je refuse poliment. Je le vois traverser la pelouse d'un pas rapide, sans rien me dire, et il revient très vite, avec deux assiettes remplie de kimbap. Nous nous asseyons sur des chaises sans table, et les mangeons avec les doigts. Le silence s'est à nouveau installé entre nous... Au hasard, je lui demande si Yunho va lui aussi venir.


-Non, me répond-t-il d'un ton neutre.

J'en conclus que Yunho n'étudie pas la politique. Pour cacher ma déception, je parle à tord et à travers de tout et n'importe quoi. Yoo-Chun me répond vaguement par des signes de tête et jamais ses yeux ne me regardent en face. Sa timidité est touchante et trouve un doux écho dans chacune de mes terminaisons nerveuses. Je devine qu'il a encore moins l'habitude d'être en tête à tête avec une fille, que moi avec un garçon. Je trouve éblouissant le moindre de ses gestes, sa façon de se tenir, le son de sa voix quand il balbutie un mot ou deux. Les traits de son visage me paraissent tour à tour innocents, glacials, enivrants de beauté, vaniteux, ensorcelants...
Derrière moi, j'entends une voix qui m'appelle. Un peu plus loin, Bo-Ah m'interpelle. Je me lève et me penche en avant poliment pour dire au revoir à Yoo-Chun. Il ne me répond pas et je repars contrariée, en même temps que tremblotante d'émotions. Il m'inspire un sentiment étrange, à la limite entre attirance et répulsion. Une partie de lui a la magie d'un coucher de soleil lent et flamboyant, mais le reste ressemble aux ténèbres angoissants à vous glacer le sang qui le précède.
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MessageSujet: Re: Enfants du matin calme posté 27.06.11 1:43

ohohohohoh ça devient chaud là Yunho Yoochun Yoochun Yunho dure dure le choix.Encore un chapitre simplement parfait, je reste fan ♥
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MessageSujet: Re: Enfants du matin calme posté 27.06.11 20:20

Vicky!!! *câlin*
Je te mets un petit chapitre... Pour la suite, faudra patienter! u_u Dès demain, les choses sérieuses vont commencer pour moi! ><

5.La vanité des hommes

Le lendemain, en classe, Mi-Jin m'accapare dès que je passe la porte de la classe de littérature féminine. Alors que nous nous ignorions totalement hier, nous voilà maintenant amie. Pendant les inter-cours, elle me parle longuement de sa vie. Son père la déteste et la considère comme de la fiente. Il dit que sa venue au monde est la pire chose qui puisse exister. Quand elle ou sa mère ont besoin d'argent, il envoie un vieux serviteur leur balancer une énorme enveloppe comme on jette des cacahuètes à un singe. Sa mère, ancienne prostituée dont la beauté a flétrie, ne se préoccupe guère de ce que peut bien faire Mi-Jin la journée ou le soir. Elle passe son temps dehors dans les salons d'opium...
Malgré tout, Mi-Jin est au moins dix fois plus libre que je peux l'être. Grâce à l'argent de son père, elle a toujours été dans les meilleurs écoles, et peux se faire tailler sur mesure une robe neuve à chaque saison. Très tôt, elle a a appris comment jouer de ses nombreux charmes avec les hommes. Pendant le cours de broderies, à voix basse dans un fond de la classe, elle me raconte que des hommes mariés viennent parfois la chercher chez elle, et l'emmènent dans les restaurants les plus chics de la ville. Ils lui murmurent des mots doux à l'oreille, lui offrent des bijoux, du parfum provenant du marché noir...


-Il n'y a personne pour m'arranger de mariage, me confesse-t-elle. Mais je ne ferais pas un mariage d'amour... J'épouserais un homme riche qui saura faire mon bonheur.

Elle est superficielle, mais dans un sens, je la trouve bien plus honnête que toutes ces filles qui rêvent que quelqu'un va les sortir de leur condition de promises. Toutes, nous ne pouvons échapper à notre destinée. Moi-même, je le sens, Père ne va pas tarder à me présenter un fiancé... Mais Mi-Jin, elle, décide seule de ce que sera sa vie, et à un utopique mariage d'amour, elle préfère le confort et l'assurance d'une vie prospère. J'admire cette liberté et cette confiance qui est la sienne. Pour ça, je respecte Mi-Jin et accepte d'en faire mon amie.

Avant-hier soir et hier soir, je n'ai pas croisé Yunho près de la Place du Marché. Je n'ai pas arrêté de me faire du soucis. Je me suis demandé s'il n'avait pas attrapé une maladie ou pire, s'il n'avait pas été intercepté. J'ai parcourut de long en large, avec une fièvre dévorante, le Journal Officiel de Corée du jour à la recherche du moindre petit article parlant de la capture d'un des instigateurs de l'émeute. Comme il n'y en avait pas, j'ai été, en partie seulement, rassurée. Cent fois, dans mon lit, je me suis retournée en me demandant qu'est-ce qui avait bien pu lui arriver. J'espère que je le croiserais ce soir...
Depuis quelques jours, Mi-Jin parle mystérieusement. Elle cherche à me faire passer un message que je mets du temps à capter.


-Les vrais hommes savent vraiment ce qu'une femme attend d'eux. Ils ne cherchent pas bêtement à prouver leur virilité en les traitant comme des objets de soumission. Quand il est avec toi, tes pieds quittent le sol et ta raison disparaît. Les vrais hommes savent te rendre précieuse, et te donner l'impression d'être unique.

Je ne peux évidemment pas savoir de quoi elle parle. Je n'ai jamais côtoyer d'hommes plus âgés que moi, à l'exception de Junsu oppa, et je n'ai jamais connu les choses de l'amour que furtivement, avec Jae-Joong. Comparé à elle, je suis encore une petite fille qui a tout à apprendre du monde adulte.
Sa vie me semble tout droit sorti d'un roman excentrique. Elle est faite de passion, de plaisir et aussi de danger et d'une grande tristesse dissimulée sous une couche de peinture dorée. Je ne sais pas si je l'envie ou si je la plains.
Aujourd'hui, l'uniforme scolaire tout froissé, des restes de maquillage lourd sur les paupières, elle a les joues rosées, les lèvres gonflés et les cheveux lâchés et mal peigné. Elle me fait une impression tapageuse et lourde, semblable à ces parfums étrangers trop prononcés qu'elle arbore parfois.
Je lui demande ce qu'elle a fait la nuit dernière, et les yeux dans le vague, elle me répond à demi-mots:


-Une fleur éclose ne mérite de se faire appeler ainsi que lorsqu'un bourdon est venu butiner son miel...

Je devine que Mi-Jin a un nouvel amant. Le cœur battant, ma peau me brûle. Ces confessions métaphoriques me gênent et me troublent, autant que le livre illustré trouvé dans la bibliothèque. Et pourtant, je me sens piquée d'une curiosité prodigieuse. Je meurs d'envie de lui demander plus de détails. Seule ma bienséance m'en empêche. Alors, à demi-mot, moi aussi, je lui demande:

-Comment fait-on éclore une fleur?

Elle éclate d'un rire sonore, caché derrière ses mains délicates aux ongles peints de rose et ne me répond pas. Je me sens encore plus confuse que tout à l'heure...

Pour fuir la chaleur de dehors, après le déjeuner, je traine de force Mi-Jin à la bibliothèque avec moi. Elle se plaint que l'endroit est poussiéreux et lui donne mal à la tête. En vain, j'essaie de l'intéresser aux origines des religions, à l'ethnologie et aux sciences sociales. Elle bâille à s'en décrocher la mâchoire et fini par s'endormir, le visage appuyé contre un recueil de poèmes, qu'elle n'a même pas ouvert. Agacée, je la laisse là et part à la recherche de lectures censurées.
C'est alors qu'au détour d'une allée, Jae-Joong surgit, comme sorti de nulle part! Ça fait longtemps que je ne l'ai pas vu, et je m'attendais à ressentir une plus grande émotion en le retrouvant. Mais rien ne sort de ma poitrine. Il saisit mon avant-bras en le serrant de toutes ses forces et m'emmène malgré moi dans un coin de la salle, où personne ne peut nous voir.


-Je t'ai vu l'autre jour, à la fête pour le nouveau maire, avec un autre garçon, que faisais-tu?

Étonnée par la véhémence soudaine de son ton et ses questions que je juge indiscrètes, je tente de le laisser là, mais il me rattrape et appuie mes épaules contre le mur. Sur le côté gauche, sous ses mèches de cheveux noirs, une veine bat fortement sur sa tempe.

-Réponds-moi!

Il a presque crié et j'ai eu peur qu'on nous surprenne. Comment se fait-il que Jae-Joong soit aussi nerveux? Je ne l'avais encore jamais entendu hausser la voix. Déjà exaspérée par le comportement immature et inattentif de Mi-Jin, cette crise de jalousie tombe mal. Je me referme comme une huitre qui voudrait protéger sa perle, tourne la tête avec arrogance et refuse de lui donner la réponse qu'il attend. Ses doigts s'enfoncent encore un peu plus dans mes épaules et je réprime un rictus de douleur.

-Tu n'as pas le droit de parler avec un autre comme ça! Surtout avec un de ce genre! Lui et son ami parlent tout le temps de façon cynique, je sais qu'ils se moquent du Régime, et de la Patrie! Tu ne dois pas leur parler, je te l'interdis!!

Je suis encore plus déçue. Depuis quand Jae-Joong se souci-t-il du Régime et de la Patrie? La politique lui est toujours passé au-dessus, il ne s'y est jamais intéressé. Là dans ses yeux, une lueur alors inconnue a commencé à briller, une lueur de haine que je ne lui connaissais pas. Le Jae-Joong qui se tient face à moi en ce moment n'a rien à voir avec le Jae-Joong que j'ai connu au lycée, celui que j'ai aimé inconditionnellement. Cette personne est un étranger total. Je ne comprends pas comment il a pu changer autant en si peu de temps.
Avant, son sourire innocent suffisait à me bouleverser. Sa voix me semblait formidablement mélodieuse, et ne serait-ce que frôler ses doigts me rendait heureuse comme jamais. Aujourd'hui, ce visage angélique me semble mensonger et aussi hypocrite que tout le reste. Sa voix et ses manières m'insupporte et ses doigts enfoncés dans mes épaules me brûlent comme du métal incandescent...
J'arrache ses mains en un geste brusque et le repousse, avant de m'enfuir à toutes jambes vers l'extérieur.
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MessageSujet: Re: Enfants du matin calme posté 27.06.11 23:17

Je t'ai promis que j'allais lire ta fiction et je l'ai fais.
Franchement c'est super, tellement que je suis à fond dedans. J'aime bien ta façon d'écrire qui fait très réaliste. Bravo et j'attends la suite avec impatience. Je suis pressée de voir ce qui va se passer entre Min-Yeon et Yoo Chun et Yunho. L'innocence de Min-Yeon me fait presque marrer surtout lorsqu'on voit qu'elle traîne avec Mi-Jin qui en connaît pas mal. Par contre le Jae là il commence à m'énerver, il se prend pour qui...

Bref, j'adore ta fiction et vivement la suite.
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MessageSujet: Re: Enfants du matin calme posté 06.07.11 17:27

Merci beaucoup, UEE!!^^ Je suis heureuse que ça te plaise!! Je vais continuer à faire de mon mieux!^^

6. Là-bas, vers l'ouest...
Je erre au hasard des bâtiments. Dans les sections réservées aux garçons, on me dévisage comme si j'étais une aliénée. Maintenant que nous sommes en âge de se fiancer, il est mal vu que les sexes se mélangent. Chacun doit rester à sa place pour éviter d'apporter des malentendus. Dans la rue, filles et garçons doivent garder une distance bienséante. Je me rends compte qu'avoir discuté avec Yoo-Chun à la fête et me lier d'amitié avec Mi-Jin pourrait donner de moi une image trompeuse de fille légère.
Je fini par regagner la cours, écrasée par le soleil. Je ne devrais pas tarder à me rendre en leçon de calligraphie mais je n'en ai aucune envie. En fait, j'ai la sensation d'étouffer dans l'enceinte de l'Université.
Sur le chemin vers la sortie, lorsque j'atteins le grand portail en fer forgé, stupéfaite, je croise Yunho. Depuis des jours et des jours qu'il n'apparaissait plus Place du Marché le soir, j'étais décidée à l'oublier. Son teint me semble un peu plus blafard que d'habitude et autour de son cou, il a enroulé une écharpe en soie. Je devine qu'il sort juste d'une bonne grippe. Alors que je passe à ses côtés, nous nous sourions comme d'habitude, et je continu à marcher vers la sortie. Ces rencontres furtives suffisent à faire naître en moi un sourire de ravissante idiote, qui ne me quitte pas pendant des jours, rien que de repenser à des détails même insignifiants à son sujet. Mais cette fois, alors que j'ai fait quelques pas, il m'interpelle:


-Tu as quelque chose de prévu pour cet après-midi?
-Je ne sais pas.
-Dans ce cas, attends-moi à la sortie. J'arrive dans cinq minutes...


Une fois le portail dépassé, j'hésite à l'attendre. Il ne m'a pas dit ce qu'il avait prévu, et si on regarde de près, je ne le connais pas vraiment. Cependant, presque malgré moi, je l'attends. J'ai très peur que Jae-Joong, à ma recherche, ne me retrouve avant lui. Jamais encore, je ne l'avais vu dans un tel état. Je ne sais pas si c'est à cause de moi ou bien à cause du nouveau statut de son père qu'il est comme ça, mais je n'ai pas du tout aimé ce que j'ai vu. Je demanderais à Seong-Ah de faire une offrande pour lui, pour qu'il puisse redevenir la personne que j'ai toujours connu.
Je suis perdue dans mes rêveries quand quelqu'un saisit ma main brusquement. Je sursaute de peur et étouffe un cri de surprise en voyant qu'il s'agit de Yunho. Il me mène tambour battant jusqu'à un pousse-pousse, et paie double ration au tireur: une pour nous emmener à destination, l'autre pour taire qu'il nous a vu ensemble, et lui demande de nous conduire à un restaurant dans les collines. Le tireur commence sa course et nous voilà partis à travers les rues de Séoul.
A mes côtés, Yunho est installé calmement et je réalise que je suis pour la première fois assise tout près d'un homme. Au détour des rues, mon épaule frôle la sienne. De son cou, un parfum s'échappe, léger mais suffisant pour que je puisse le sentir depuis ma place. Il embaume le ginkgo, la pêche et le tabac. J'ai chaud... Les joues cramoisies et la gorge sèche, je n'ose dire un mot ni bouger. De temps en temps, je l'entends discrètement racler sa gorge.
Sur le côté défilent passants, trottoirs, vélos et pousse-pousse et l'agitation de la ville résonne plus qu'à son habitude. Bientôt, ces sons me bercent... En fermant les yeux, j'ai la sensation de partir en voyage vers une destination lointaine, là-bas, vers l'ouest...
Aux pieds des collines, nous nous arrêtons. J'ouvre les yeux et me rends compte que j'ai dormi presque tout le long. Encore plus gênée, je n'ose pas affronter le regard de Yunho. En silence, je le suis en marchant derrière lui à pas discrets. Même si nous ne sommes pas dans les rues et qu'il n'y a personne aux alentours, je continu de suivre la bienséance et mets une distance entre nous. Calmement, nous grimpons les dalles en pierres qui mènent à une petite bicoque en bois. Devant moi, son dos me paraît immense. Il est bien plus grand que Jae-Joong! Ses hanches étroites se déplacent avec souplesse et je ne peux pas dégager mon regard de ce dos. Quand il se retourne pour voir si je suis loin de lui, je baisse les yeux aussitôt, le feu aux joues.
Attendant que je vienne le rejoindre, Yunho lève pour moi les carrés de toile de la devanture et patiente, le temps que je passe la porte. Le restaurant est désert. Il sent le bois, légèrement le moisi, ainsi qu'une délicate odeur de rose blanche, qui poussent le long des murs. Quel endroit étrange!
Le patron au comptoir porte un tablier par-dessus un hanbok d'été et un foulard dans ses cheveux, qu'il a attaché en une queue de cheval derrière son crâne. Il nous accueille comme si nous étions de sa famille... Je devine qu'il connait très bien Yunho, surtout quand il demande des nouvelles de Yoo-Chun.


-Il va bien. Il est en cours en ce moment, répond-t-il avec le sourire.


Puis, il commande deux soupes de nouilles froides au bœuf Le patron disparaît en cuisine, et bientôt, une odeur supplémentaire nous envahi, une odeur délicieuse de nourriture. J'ai déjà manger, mais je ne refuse pas ce repas. Je n'ai pas l'habitude de ce genre de tête-à-tête et ne sachant pas trop quoi dire, je me contente de manger ma soupe en silence. Pendant ce temps, Yunho me parle de ses études à l'Université. Il a choisit de faire du droit, mais au bout du compte, ses cours l'ennuie. Il sait que s'il devient avocat, il sera sûrement contraint de collaborer avec le Régime et cette idée ne lui plait guère. Mais aussi, il a conscience que cela pourrait être une excellente couverture, tout comme celle de la tante de Yoo-Chun.
Après le repas, nous partons en promenade dans les collines. Les sentiers terreux recouvrent mes chaussures d'école d'une fine couche de poussière blanchâtre. Les grands arbres nous font de l'ombre et empêchent le soleil accablant de nous atteindre. Il ferait même presque froid... Comme je marche toujours derrière lui, Yunho attrape soudain ma main. Je sursaute légèrement mais cache ma gêne avec fierté. Je n'ai pas envie qu'il me prenne pour une gamine qui a peur des hommes. Je resterais courageuse et sûre de moi tout le long. Sa paume me communique une chaleur duveteuse qui remonte de mes poignets à mon cœur, le faisant pulser à mille à l'heure. Presque inconsciemment, je serre sa main plus fort.
Nous nous arrêtons dans une sorte de clairière. A perte de vu, un champ de fleurs s'étale face à nous. Il est violine, écarlate et doré... Comme dans un tableau occidental, campanules, pissenlits et coquelicots sont parsemés, tel des tâches de peinture inégalement réparties mais belles à en couper le souffle. J'ai envie de courir parmi ces fleurs, caressées par le soleil et de m'endormir parmi elles. D'elles-mêmes, mes jambes démarrent et courent à en perdre haleine dans les hautes herbes. Resté debout, les mains dans les poches, Yunho m'observe. Je sens mes joues rosir et me penche pour cueillir un coquelicot, pour lui cacher mon trouble. J'ignore s'il est accoutumé aux tête-à-tête avec une femme. Il est clair que je ne le suis pas avec un homme. Alors, je fais de mon mieux pour tenir ma promesse à moi-même et garder une attitude fière.
Les coquelicots sont des fleurs étranges... Sans aucune logique, elles peuvent pousser n'importe où, que ce soit au bord des routes, dans les champs, près des jardinières à légumes, mais si vous les coupez, vous aurez beau les plonger dans l'eau tout de suite après, vous n'aurez que prématuré leur mort. Peut-être suis-je pareille à un coquelicot... Je pourrais être née n'importe où, et m'adapter à cette vie, mais si on me déracine de là où je suis, même dans un environnement qui me serait favorable, je mourrais plus vite que prévu. Qui peut savoir?
En un rien de temps, Yunho m'a déjà rejoint au milieu des fleurs. Il passe un bras autour de mes épaules et me ramène contre lui. Au lieu de le repousser, je me laisse faire sans sourciller. Je ne peux pas m'enfuir comme la fois sous l'arbre avec Jae-Joong, de toutes façons, donc autant faire comme si j'étais parfaitement à l'aise avec tout ça.


-Tu vois à quel point la liberté peut être enivrante, me murmure-t-il à l'oreille. Ici, tu as l'impression d'être libre, comme si tu pouvais courir indéfiniment parmi les fleurs. Mais ce n'est qu'une illusion, car par-delà ces montagnes, à la frontière avec la Chine, il est impossible de traverser. Nous ne sommes qu'un vaste champ emprisonné dans une cage trompeuse. Quand j'aurais affranchi notre peuple, je t'emmènerais en Chine et je te ferais découvrir la vraie liberté.


Son souffle chaud se répercute sur ma joue et creuse une percée jusqu'à mon cœur. Son deuxième bras enroule ma taille et m'empêche de bouger. Je ne peux pas me défaire de son emprise. Ce n'est pas désagréable mais je me sens presque mal, surtout en me rendant compte que je commets quelque chose d'immoral. Je ne devrais pas flirter avec un garçon que je n'épouserais pas. J'ai refusé les avances du garçon que j'aimais et me voilà en train de céder à celle d'un révolutionnaire. Mais les avances de Jae-Joong, elles appartiennent à mon passé et je ne suis plus la petite fille aveugle qui avait foi en le Régime, sans même savoir trop pourquoi. Ils ont tué Soo-Young et ont tué cet ancien moi par la même occasion. De plus, je ne sais pas encore tout à fait ce que je ressens pour Yunho, mais il est certain que je ressens quelque chose.
Nous retournons dans la clairière et à l'abri d'un arbre, Yunho étale sa veste d'uniforme pour que je puisse m'y allonger. De nos sacs, il en fait des coussins. Il ferme les yeux et semble très vite tomber dans le sommeil, mais moi, je n'arrive pas à dormir. Il s'est passé beaucoup de choses ces derniers temps et ces bouleversements me perturbent un tantinet. En fait, je n'arrive plus véritablement à savoir qui je suis. Peut-être devrais-je détester Yunho et Yoo-Chun... Mais même en me forçant, je n'y arrive pas. Leurs idées sont belles, grandes et justes. Ils ne pensent pas qu'égoïstement à eux. Le futur du Peuple leur importe plus que le futur du Régime ou de la Patrie. Je trouve ça tout à leur honneur.
Alors qu'il dormait sur le dos, Yunho se tourne et son visage tombe face à moi. Il m'arrache soudain à mes réflexions... Inconsciemment, je dessine son visage des yeux, traits par traits. Je détecte quelques défauts qui le rendent encore plus beau. Je ne sais pas bien l'âge qu'il a, probablement le même que moi, mais pourtant, il a l'air d'un homme, alors que je le sais, même après avoir changé de coiffure, je ressemble encore à une adolescente.
Il étale son bras et le pose le long de mon ventre. La partie dénudée, contre le fin tissu en coton de ma chemise, j'ai l'impression de presque en sentir la peau sur la mienne. Je suis maintenant terriblement gênée, et je ferme les yeux, pour faire croire que je dors moi aussi. Je le sens qui se rapproche. Il sait que je ne dors pas... Pourtant, je continue de garder les paupières closes. Son bras remonte encore, et du bout des doigts, il se met à caresser mon cou, mes mâchoires, ma bouche. J'ai la gorge sèche et les joues semblables à des braises. J'ouvre les yeux à ce moment là et un sourire fend son visage en deux, les fossettes naissent alors sur ses joues. Quel sourire! Il est tellement beau, avec cette lueur voilée dans ses yeux que, malgré la peur qui m'étouffe presque, je me laisse encore une fois faire sans protester. Lentement, son visage s'approche du mien. Il me donne le temps de me dérober si l'envie m'en prend. Je reste là, immobile.
Ses lèvres finissent par se poser sur les miennes, elles sont gercées. Sa main est posée sur ma joue et ses paumes englobent totalement mon visage. Sûrement conscient que personne ne m'a encore jamais embrassé, il n'y met aucune une précipitation, même quand sa bouche s'ouvre et que je sens sa langue envahir la mienne. Timidement, je pose ma main sur son épaule, sans trop savoir quoi faire. Il plonge maintenant sa main dans mes cheveux, ce qui approfondie un peu plus le baiser. Je continu à avoir vraiment peur mais la fierté m'empêche de me manifester, même quand il me ramène un peu plus près contre lui.
A l'ombre du vent et des regards, moi, la fille d'un Haut Fonctionnaire du Régime, je quitte le monde des enfants, sans vraiment rentrer dans celui des adultes pour autant, dans les bras d'un résistant. On dirait une de ces histoires scandaleuses que certaines, au goût pour l'aventure plus prononcé que d'autres, s'échangent discrètement sous les tables.
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MessageSujet: Re: Enfants du matin calme posté 22.08.11 16:43

OMG j'ai tout lu du début à la fin d'un coup, je n'arrivais pas à enlever mes yeux de l'écran et je n'ai pas senti le temps passer.
Tu écris vraiment, vraiment bien! Je ne sais pas, il y'a un truc qui rend vraiment la lecture captivante. Arrivée au dernier mot, je me suis dit "déjà!". J'adore cette idée de la dictature, l'envie de révolution, la romance entre Min-Yeon et le résistant et l’évolution de l'histoire.
J'attends impatiemment de lire la suite. C'est vraiment beau!!
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MessageSujet: Re: Enfants du matin calme posté 24.08.11 22:15

Mon Mussel Charisma que j'aime ♥
Je suis très touchée par ton commentaire!! Cette fic me prends énormément de temps, donc le rythme de parution des chapitres risque d'être long, mais je ferais de mon mieux... Voilà quand même la suite.

7.Promise


Je redoutais cette annonce plus que tout... Et là, Père me l'a annoncé. C'était mon destin depuis le départ, pourtant, j'en avais bien conscience, mais la fièvre révolutionnaire a du me faire oublier pendant un temps la vérité. Souvent, le soir, je m'allonge et je repense à la clairière, au baiser de Yunho et à ses mains sur moi. Mais désormais, les rêveries n'ont plus court. Je dois retourner sur terre et affronter la réalité.

-Je vais me fiancer, dis-je à Mi-Jin dès que je me pose à côté d'elle dans l'amphithéâtre où a lieu le cours d'idéologie Juche.
-Ah bon, comment s'appelle-t-il, me fait-elle sur le ton de la plaisanterie.
-Ce n'est pas une blague, Père me l'a annoncé ce weekend. C'est un âge convenable pour une fille de mon rang.

Je ne peux pas empêcher les larmes de couler de mes cils. Comprenant de suite que je suis sérieuse comme la mort, Mi-Jin prétexte que je ne me sens pas bien et qu'il faut m'emmener à l'infirmerie. Le professeur accepte après avoir râlé... Nous empruntons le chemin vers l'extérieur et je cache mes pleurs en faisant semblant d'être enrhumée. Une fois à l'abri des regards, dans une salle de classe vide, qui sert d'atelier de sculpture, elle me demande de lui expliquer.
Au départ, l'homme à qui j'étais promise était un lieutenant de l'armée des rues, âgé de vingt-et-un ans. Il venait d'une famille ayant servit la Patrie depuis le Renversement et Père pensait donc qu'il s'agissait là d'un excellent parti. Mais le jeune homme s'est rebellé pendant l'émeute et a refusé de fusiller des étudiants. C'est lui qui a donc été fusillé à la place. A cause de ça, sa famille entière a été déshonorée et envoyée en travaux forcés dans les camps de Ulsan, là où les étés sont les plus rudes. Alors, pour sceller un nouvel accord de confiance, indispensable pour éviter les débordements et garantir l'équilibre entre les protecteurs de la paix et l'armée des rues, il a été décidé que mon futur fiancé sera le fils du plus haut gradé de l'armée des rues de Dongdaemoon. Mais le garçon est plus jeune que moi d'au moins cinq ans, et il vient tout juste d'entrer au lycée.


-Vois au moins une bonne chose, me dit Mi-Jin en me soutenant les épaules. Grâce à l'âge du garçon, tu vas rester jusqu'à plus longtemps chez tes parents et tu ne seras pas mariée avant qu'il ait au moins atteint l'âge de la majorité. Combien de filles ont-elles un sursis pareil, de nos jours?

Je sais bien, mais malgré tout... Ce qui me rends triste est justement ce sursis. Je vais, grâce à lui, pouvoir jouir d'une liberté qui sera trompeuse, parce qu'en fin de compte, le même sors que les autres me sera réservé. Pourquoi ne me fiance-t-on pas de force à Jae-Joong? Au moins, je le connais bien, et son avenir semble désormais plus prometteur. Et même si je lui en veux encore pour la dernière fois, ça aurait été bien moins difficile.
Je n'ai évidemment pas fait part de mes doutes à Père. En tant que sa fille, je lui dois obéissance et je lui obéirais sans doute. Mais je suis tout de même triste. J'ai l'impression que cette fameuse liberté n'est qu'une utopie, une chimère, quelque chose venant tout droit d'un rêve, qu'on ne peut toucher, au risque de le voir s'évaporer comme un nuage. La liberté est une notion insaisissable qui, comme le bonheur, rends les gens à fou à force de courir après en essayant d'en comprendre les mécanismes. Serais-je un jour libre, à part le jour de ma mort?

Appuyé contre les grilles du portail, à la sortie des cours, Yunho m'attend. Je marche tout droit comme si je ne le connaissais pas. Il semble blessé et me suit de près. Je ne peux pas continuer à la voir avec ce qui s'est passé entre nous. Tout est différent, maintenant, je vais me fiancer et c'est l'honneur de ma famille qui se reflète à travers ma vertu. Si je fréquente d'autres garçons que mon futur fiancé, désormais, je serais vue comme une fille aux mœurs légères. Je n'ai pas d'autres choix que de l'ignorer...
Yunho me pose des questions sur ma journée et m'abreuve de banalités. Je continu de feindre l'ignorance mais ça ne l'arrête pas. Lorsque je monte dans mon pousse-pousse pour rentrer chez moi, il se glisse à mes côtés et ordonne au tireur de nous conduire dans le quartier où il vit avec Yoo-Chun. Une fois de plus, il paie double ration pour le faire taire.
De me retrouver à nouveau si près de lui, je me sens gênée comme jamais. Je repense à notre baiser et ça ne me fait plus du tout le même retentissement qu'avant, quand j'y rêvais au fond de mon lit, avec cette langueur grandissante au creux de mes reins. J'ai désormais l'impression de faire quelque chose de vraiment mal. J'étouffe sous mon uniforme et les joues brûlantes, je n'arrête pas de vérifier si on nous observe. Quelqu'un pourrait reporter à Père que l'on m'a vu en compagnie d'un garçon inconnu... Ce serait catastrophique pour moi...
Sentant mon malaise, il baisse le store face à nous jusqu'aux genoux. La lumière aveuglante du jour fait place à une semi-obscurité qui exalte sa beauté, et chacun des traits de son visage. J'ai comme la sensation d'entendre littéralement mon cœur faire boum sous ma poitrine. Il passe un bras autour de mes épaules et tourne son visage vers le mien. Je sens son souffle devenu plus dense, qui vient s'abattre sur mon cou.
Tendue, les mains jointes sur mes genoux, je serre ma jupe et ferme les yeux. Je sens ses doigts qui caressent mes cheveux, mes oreilles, mon front, mes paupières et mes lèvres. Sa bouche vient s'appuyer contre ma nuque. Un souffle tremblotant s'échappe de ma poitrine. Je ne peux pas laisser une telle chose arriver, il faut que je lui dise...
J'ouvre la bouche pour parler, mais au lieu de pouvoir dire quoi que ce soit, j'expire longuement. Je sens une tracée humide remonter jusqu'à mon lobe et parcourir mes joues, déjà chauffée comme du métal. Son visage s'avance vers le mien et je puise en moi la force de me détourner. Son regard blessé, celui-là même qu'il a eu tout à l'heure, se dépeint à nouveau sur son beau visage. Il me semble que sa cicatrice sous l'œil est encore plus creusée. Malheureusement, nous arrivons à destination et il est trop tard pour que je fasse marche-arrière. Alors, j'accepte de le suivre jusqu'à l'intérieur.
La maison est vide, sombre et il y flotte comme une légère odeur de tabac froid. Je n'y suis pas retournée depuis l'émeute, et l'endroit fait changer les sensations en moi du tout au tout. Ici, il n'y a aucun risque qu'une personne nous surprenant vienne tout répéter à Père.
A peine le seuil dépassé, Yunho se met à m'observer. Je reste prostrée dans mon coin, sans n'oser dire quoi que ce soit. Sous son regard insistant, je ne sais plus très bien si je fais une chose de mal ou de bien. L'existence me semble d'un compliqué, tout en étant une chimie assez simple à comprendre. L'être humain a des envies et des besoins, mais l'esprit corrompu sans le savoir, les emprisonne et les empêche de s'exprimer à leur guise. J'ai la sensation que Yunho est une personne qui a réussit à libérer son esprit de ces contraintes et qu'il arrive à écouter ses propres envies. Moi, je ne sais pas si j'en suis capable. Mais je comprends enfin ce qu'est cette liberté qui lui est tant chère. C'est celle-là même que je n'arrive pas véritablement à atteindre, de par mon esprit corrompu malgré lui.
Lentement, il s'approche et me prend dans ses bras. Je me sens minuscules dans son étreinte. Son corps est ferme et en moi née à nouveau cette langueur des soirs passés à repenser à notre baiser. J'en ai tout autant envie que je suis effrayée. Son visage se rapproche à nouveau et je me laisse faire quelques instants, avant de détourner ma figure à nouveau. Je ne peux pas me donner à lui. Je n'arrive pas à libérer suffisamment mon esprit pour me dire que je ne trahirais pas ma famille à simplement écouter mes envies. Je me rends compte que je suis vraiment corrompue plus que je ne le croyais.


-Pourquoi me repousses-tu? Est-ce que tu veux me faire de la peine? Moi, je n'arrive pas à te sortir de ma tête. Je ne sais pas ce que tu as fait au juste pour me mettre dans un état pareil, mais je sais que je ne peux pas m'empêcher de penser à toi. Tu ne m'aimes pas? J'ai fait quelque chose qui t'as blessé?
-Je suis désolée... Mais... je vais me fiancer. Je suis promise à un autre. Tout est différent, maintenant.

J'ai parlé sans m'arrêter ou presque. Aussitôt mon discours terminé, je me dégage de son étreinte et m'enfuis comme une voleuse, en courant. Il vaut mieux que je ne le revois jamais. Ni lui, ni Yoo-Chun. Je crois que ça risquerait de devenir trop dangereux pour tout le monde.
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MessageSujet: Re: Enfants du matin calme posté 22.06.12 17:04

8. Le secret de la prépondérance

Je ne peux pas oublier. La clairière dans les collines, le pousse-pousse, l'appartement sombre à l'odeur de tabac de Yunho et Yoo-Chun, l'odeur des fleurs de pêchers, ses mains sur mon visage... Tout reste imprimé dans ma mémoire à l'intact et refuse d'en sortir. Depuis des jours entiers, je suis inattentive en cours mais aussi à la maison. Père pense que ma rencontre prochaine avec mon futur fiancé, organisée dans une maison de thé, est la cause de mon trouble. Alors, il ne m'embête pas trop pour mes rêveries mais Mère pense que ce n'est pas une raison. Elle est toujours derrière mon dos, à veiller que je ne fasse pas de bêtises et elle surveille scrupuleusement mes lectures. L'autre fois, elle m'a fait toute une longue leçon de moral à propos de mes fréquentations. Elle aimerait que je ne parle plus à Mi-Jin, qui n'est pas une fille vertueuse de bonne famille, et préférerait que je passe plus de temps avec d'autres personnes, comme les petites sœurs de Jae-Joong, par exemple. Mais je ne l'écoute pas... La famille choisit pour vous un homme, c'est un destin conditionné contre votre volonté, auquel vous ne pouvez échapper, à moins de céder à ce qu'ils appellent le ''mal d'amour''. Ma liberté est assez comprimée comme ça. Je ne veux pas que l'on choisisse pour moi mes amis. Je continuerais à voir Mi-Jin, que ça plaise ou non.
J'entends parler du ''mal d'amour'' depuis que je suis très jeune. C'est une affaire très taboue et pourtant, elle existe. Mais en tant que dysfonctionnement de la société du Régime, on la cache comme un véritable secret d'alcôve. Ce serait plutôt un secret d'autruche, à mon sens... On l'enterre dans les profondeurs du sable en faisant comme si on ne voyait rien et n'entendait rien mais dans le fond, personne n'ignore de quoi il s'agit. Ce fléau ne touche que les filles de bonne famille. Contraintes à épouser un homme qu'elles ne connaissent pas et n'aimeront jamais, rêvant du grand amour comme il y en a dans les romans, elles s'enfoncent tellement dans leurs fantasmes qu'elles ne peuvent plus manger, ni boire. Elles n'arrivent plus à sortir ni à se mélanger aux autres tant leur désir d'amour partagé est grand et ronge leur être de l'intérieur, tel une bactérie impossible à combattre. Enlaidies et épuisées par le jeûne, elles finissent par en mourir. Je sais que Mère craint que je ne sois atteinte de ''mal d'amour''. Et elle n'aurait peut-être pas tout à fait tord.
Alors ce dimanche matin, avec Seong-Ah pour l'appuyer, elle me force à me lever et à sortir. Il est temps de m'apprendre à devenir une femme. Elle ordonne à Seong-Ah de m'accompagner dehors, au marché de Dongdaemoon, pour apprendre à reconnaître les bons aliments des mauvais, comme une vraie épouse. Je n'en ai pas le cœur du tout, mais hélas, je n'ai pas non plus mon mot à dire à ce sujet.

Place du marché, dans mon hanbok aux couloirs chatoyantes, je déambule sans grand enthousiasme. Sur ma tête, un grand chapeau de laque, retenu par de larges pans de tissus de couleur me procure l'ombre nécessaire pour éviter l'insolation, mais me fait étouffer de chaleur. L'art de choisir les bons melons, kakis et les bonnes pommes de terre me laisse totalement indifférente bien que je feinte l'intérêt pour ne pas que Seong-Ah répète à Mère mon inattention.
Non loin une odeur de miel s'insinue entre les allées surpeuplées... C'est l'odeur de ces friandises à la pâte de riz que l'on fait cuire sur une grande plaque chauffante en les arrosant du liquide jaune translucide et sucré avant d'en faire des brochettes. Quand j'étais plus jeune, c'était l'une de mes friandises favorites. Ce parfum me rend nostalgique... L'enfance était une période douce et veloutée, une période d'innocence et de fraîcheur... Je donnerais cher pour retourner en enfance, loin des pressions de l'honneur et du devoir, des mariages forcés et du ''mal d'amour''. A l'époque où mon esprit corrompu aurait pu être sauvé.
Quelqu'un me bouscule légèrement, me faisant revenir sur terre. En jetant un coup d'œil autour de moi, je me rends compte que j'ai perdu Seong-Ah. Mes yeux ont beau la chercher dans la foule, je n'arrive pas à distinguer sa silhouette recroquevillée de par l'âge parmi les gens. Comment vais-je faire pour la retrouver, maintenant?
Je n'ai pas le temps de paniquer... Un coup de feu retenti non loin, suivit de cris perçants. La foule qui était si calme il y a de ça une seconde encore, se met à courir sous l'affolement. Que se passe-t-il? Quelqu'un a-t-il attaqué un marchand? Un autre coup de feu résonne, plus proche. Celui-ci provient plus du sud. J'entends une voix hurler ''la Corée au peuple!! La Corée au peuple!!''... Un long frisson parcours mon échine. C'est un slogan révolutionnaire, prohibé depuis le Renversement, que seul les opposants au Régime se permettent encore de scander. J'aimerais chercher qui de Yunho ou Yoo-Chun a instigué cette émeute, cette fois, mais je n'en ai pas l'occasion.
Certains paysans sortent des armes de leurs étals.... On entend de plus en plus de voix scander ''la Corée au peuple!! La Corée au peuple!!'', des gens hurler et des affrontements commencent à avoir lieu. Je n'arrive pas à croire que je me retrouve encore une fois prise au milieu d'un assaut révolutionnaire. Il pourrait sembler que le sors s'acharne contre moi mais j'y vois une soudaine ouverture vers la liberté. Si seulement je ne portais pas ces vêtements de filles distinguées, j'aurais le courage de prendre les armes et de hurler que la Corée appartient au peuple, moi aussi... Je pourrais aussi bien faire croire à mon agonie dans l'émeute, jouer la morte et infiltrer la résistance. Contrairement à la fois précédente, je vois cette révolte comme un exutoire, une échappatoire à mon destin de joli colibri.
Une main saisit fermement la mienne et avant que je n'ai pu comprendre ce qui se passe, je me retrouve emportée parmi la foule, à devoir courir malgré moi. Mon ravisseur ne m'est pas inconnu... Cette silhouette-là, élancée et sensuelle, je la connais pour y avoir déjà penser à de nombreuses reprises. Il s'agit de Yoo-Chun... Je voudrais dire, parler, exprimer à voix haute combien je suis heureuse de le voir, mais je n'y parviens pas car il m'emmène tambour battant, courant à un rythme trop difficile à suivre pour moi.
Une fois de plus, l'émeute a atteint la rue. Les hurlements de la foule en panique se mêlent à ceux des résistants et à ceux de l'armée des rues, qui elle, scande que la Corée appartient à Dieu et que l'élu de Dieu est Notre Vénéré Président. Je n'ai pas non plus réellement pu voir qui combat, qui fuit... Le complexe tissu des relations m'échappe totalement.
Yoo-Chun m'amène jusqu'à une espèce de minuscule maison traditionnelle à l'abandon, enfoncée dans une petite voie sans issue. D'épaisses toiles d'araignées en recouvrent le plafond, les murs sont nus et le sol est couvert de mégots, de bouteilles de soju vides, de coupelles à thé. Sur le sol, repose seulement un vieux futon recouvert d'un drap blanc. Yoo-Chun m'y fait assoir. Dans notre course, les pans de tissu retenant mon chapeau se sont relâchés et celui-ci est tombé parmi la foule. Les joues rouges, j'ai du mal à respirer... Je ne sais pas pourquoi j'ai voulu à tout prix sauver la soie jaune et pourpre attachée sous mon menton. Assis à côté de moi, après avoir tendu l'oreille pour écouter les bruits de la rue, Yoo-Chun tourne son beau visage vers le mien. Une fine sueur perle sur ses tempes et son front. Son regard ébène me pénètre comme jamais.


-Que faisais-tu là, tout seule? Tu ne sais pas que la Place du Marché est dangereuse pour une fille comme toi?
-Je n'étais pas seule, j'étais accompagnée de ma nourrice mais je l'ai perdu juste avant que n'éclate les coups de feux. Est-ce Yunho et toi qui êtes à l'origine de cette émeute-là?
-Pas tout à fait... C'est une décision commune prise par tous les membres du Parti Révolutionnaire du Peuple. Nous avons seulement soumis l'idée... Nous ne pouvons pas toujours agir de nous-même, il faut brouiller les pistes. Les protecteurs de la paix ne sont pas si bêtes! Tu ne devrais faire plus attention... Les autres membres du Parti Révolutionnaire du Peuple ne savent pas que nous te connaissons. S'ils t'avaient trouvé avant moi, ils auraient pu t'enlever...

''Si seulement ils pouvaient m'enlever...'' Ce n'est pas une pensée convenable, je le conçois mais lorsque Yoo-Chun a prononcé ces mots, c'est la seule réflexion qui s'est répercutée dans mon esprit. Plus que jamais, je souhaite échapper au dessein qui est le mien... Pour combien de temps? Sitôt revenue dans le cocon protecteur de mon environnement habituel, cette fièvre patriotique soudaine, cette irrépressible envie de disparaître pourrait bien s'envoler...
Dans une plainte légèrement éraillée, Yoo-Chun appuie sur son ventre. Ses sourcils se froncent, faisant rétrécir ses yeux qui semblent être recouverts de noir. Quelque chose ne va pas... Lorsqu'il retire sa main, mes prunelles s'écarquillent... Il est blessé. Une tâche rouge de la taille d'une pièce de 500 won se dessine sur le coton blanc de sa chemise.


-Mais tu saignes! Que s'est-il passé?
-Un partisan du Régime m'a blessé... Dès le tout début de l'émeute, la honte. Heureusement que les autres gars peuvent assurer à ma place. Hum... Ça va aller, ne t'en fais pas, dit-il en reprenant sa voix froide, celle qu'il avait toujours avec moi jusque là et qu'il a abandonné une fraction de temps...

Pendant cette fraction de temps, j'ai eu l'impression de rencontrer pour la première fois le vrai Yoo-Chun. Il y avait un je-ne-sais-quoi d'enfantin dans sa manière de s'exprimer, quelque chose de plus doux et plus chaud... Sans en comprendre la raison, j'ai senti mon cœur battre plus fort.
Il dit que ça va aller, mais il saigne tout de même... La tâche n'a de cesse de s'agrandir et je vois bien malgré sa fierté qu'il en souffre. Il m'a encore une fois sauvé et je ne peux pas le laisser ainsi. Gênée, je n'ose pas le regarder dans les yeux lorsque mes mains s'avancent et soulèvent doucement le bas de sa chemise... C'est la première fois de ma vie que je vois le corps d'un homme. La gorge sèche, je me souviens que je ne suis plus
une enfant car ma peau a déjà connu la caresse de la main d'un homme, même si ce n'étaient que des effleurements plutôt innocents. Je me demande si Yunho a dit à Yoo-Chun qu'il m'avait embrassé. Ils sont amis, même meilleurs amis et pourtant, j'ai l'impression que certaines choses restent des non-dits entre eux... Je ne pense pas que Yunho ai parlé à Yoo-Chun de notre escapade dans les collines, ni de la dernière fois, dans la maison...
Je n'ai rien pour le soigner, mais je peux faire stopper la petite hémorragie qui continue de déverser une sève cramoisie le long de son ventre. A l'intérieur de ma veste courte, j'attrape le mouchoir de tissu blanc, brodé de mes initiales que je porte toujours sur moi. Après l'avoir minutieusement plié, je le presse contre la plaie. Les tissus qui retenaient mon chapeau vont finalement avoir une utilité... Comme si j'avais déjà fait ça depuis des années, je les enroules avec précaution autour de lui, l'un après l'autre. Durant tout ce temps, Yoo-Chun n'a rien fait et rien dit, il m'a simplement laissé faire, sans même vraiment me regarder.
Ce n'est que lorsque j'ai enfin fini qu'il ouvre la bouche pour me remercier. Je souris gentiment... Je ne suis pas supposée continuer à lui parler, ni à lui ni à Yunho. Je suis une fille promise, une future fiancée et je me risque à accepter les baisers et les caresses d'un autre homme, je me risque à frôler la peau d'encore un autre et je ne comprends rien à l'émoi qui me saisit lorsqu'il prend une de mes mains dans les siennes et les effleure du pouce.

-Tes mains sont douces...
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MessageSujet: Re: Enfants du matin calme posté 01.12.12 22:19

C'était étonnant que je ne l'a voie pas ailleurs, c'est vrai que dans cette fic, l'écriture est très spécial, ça me fait bizarre de la voir ici! En tout cas je t'encourage pour la suite de cette fic qui te prend beaucoup de temps! Je sais que tu y tiens beaucoup à cette fic, j'ai vu que tu en avais écris d'autre, c'est cool que tu puisses de nouveau écrire à moins que je sois à la traine une fois de plus!^^ En tout cas bon courage pour la suite!^^
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MessageSujet: Re: Enfants du matin calme posté

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Enfants du matin calme

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